mardi 13 janvier 2009

Le banc du désespoir (extrait)




Cernes, regard implorant et joues fardées.


C’est ainsi que je la vois, ainsi qu'elle me plait. Chaque matin elle est là, assise là, sur ce banc. Des yeux noir immenses et des lèvres tristes. Je passe près d’elle, intimidé. Je suis toujours intimidé près des personnes belles et malheureuses. J’éprouve un sentiment d’impudeur face au chagrin et je suis troublé face à la beauté. Les deux émotions tissées m’émeuvent jusqu’à l’obscène. C’est pourquoi je passe mon chemin chaque fois en feignant de l’ignorer. Mais je sais qu’elle porte de hauts talons, je devine ses chevilles fines. Je sais que ses cheveux sont épais et indisciplinés, d’un brun presque roux. C’est tout ce que je connais d’elle. Et aussitôt que je la vois je l’ai oubliée. Elle ne m’envoûte qu’assise sur son banc du désespoir.