jeudi 26 novembre 2009

jeudi 14 mai 2009




On meurt tous de tristesse



lundi 4 mai 2009

Les yeux d'Annabelle


Annabelle, si elle enlève ses lunettes,
Annabelle, elle serait comme un sapin nu.
Elle les porte rouges, cercles rouges autour des yeux,
Ses yeux bleus qui s’endorment tout nu, comme le sapin nu.
Annabelle dès le réveil, dès l’heure de partir à l’école, elle remet ses yeux droit, Et elle se met à marcher droit, les yeux bleus en face des trous et les trous immobiles.
Les garçons avant de voler les cœurs volent les lunettes des filles, les écrabouillent et les piétinent avec amour.
Je me souviens bien d’Annabelle, dans sa robe rose et cielle, les yeux dans tous les sens et les cheveux dans tous les airs, moi je la trouvais tellement belle, Annabelle.


dimanche 3 mai 2009

Qu'est-ce que je peux faire ? Je sais pas quoi faire..."

Taches de nuit

Il y a comme de la nuit,
En ce jour de froid de pluie,
Il y a comme des ondes sombres
Flottant sur sa peau pâle,
Luisant dans sa peau blonde ;
Et de lourdes taches d'ombres
Qui éclairent son visage.

Joli garçon tu as l’air chagrin,
Joli garçon tu pleures l’éther,
Dans ton gros pull, dans ton hiver.

Il est assis sur ce banc, tendre et solitaire
Beau fragile
Comme blanche neige en pleine lumière
Sous le lampadaire d’un soir.

Des taches rouges, sous ses yeux noirs,
Des taches pourpres, dans sa peau bleue.

Joli garçon tu as l’air chagrin,
Joli garçon aimes-tu la mer ?
T’as pas l’air heureux, dans ton hiver.

Il y a comme de la nuit,
En ce jour de flocons mélancolie,
Il y a comme des dessins sombres
Qui esquissent son ombre ;
Et dans le creux de sa peau blanche,
Sous ses yeux nuageux,
Des taches de nuit qui dansent.

Des taches de nuit qui brillent,
Des taches de nuit qui dansent.

jeudi 30 avril 2009






Nietzsche est mort.



Signé Dieu.






- Tes jambes et ta poitrine sont émouvantes.
- Baise-moi.

















Parfois la musique est une
agression sexuelle et j'aime ça.



dimanche 19 avril 2009

Il pleut sur la ville (extrait 2)

La lumière brulante du jour l’éveille, c’est un matin si blanc qu’il éblouit ses yeux clairs. Un matin si blanc, si cruel. Son carnet est humide, humide de cette pluie inattendue et salvatrice de la veille, alors il le suspend au radiateur, il ne voudrait pas que sa mère se froisse ou se déchire.


C’est dans ce silence morbide et impérieux qu’Oskar vit à présent. Heureusement que la musique existe. La musique tantôt rugissante tantôt espiègle du ciel, des nuages crevés qui ruissellent sur la ville grise ou rougissante, la mélodie obsédante que diffuse son casque vissé à ses oreilles comme une extension de lui-même en sortant. Sortir. Respirer l’odeur des fleurs mouillées.


Il n’a pas oublié son skate, et il roule dans le quartier. Les maisons se suivent et se ressemblent, jusqu’à la fin des temps semble t-il. Le ciel est bleu, émaillé de coton, Oskar voit toujours des animaux mythique dans le toit du monde.


Il règne un silence bourgeois langoureusement troublé par le roulement de son skate. C’est une bonne odeur, celle de la paisibilité, de la quiétude, de la richesse et des jardins bien entretenus. Oskar est persuadé qu’aucun élève ne sèche dans ce quartier, voilà pourquoi c’est si calme et qu’il se trouve si seul. Il arrive enfin dans un parc. Il y a un toboggan rouge, une fausse pelouse et quelques balançoires colorées. Le vent violent qui souffle dans ce lieu désert n’a rien d’inquiétant, c’est au contraire un paysage séduisant. Vide et merveilleux.


Il s’assoit sur une coccinelle, son corps réfugié dans une sphère musicale. Ses lèvres murmurent tout bas : « ‘Cause boys don’t cry, boys don’t cry… »


Ses yeux se ferment un instant. Longtemps. Quand il ouvre de nouveau les paupières ce jour agressif le blesse toujours, mais il distingue face à lui, sur un papillon bleu, un garçon. Un garçon qui le fixe et dont il semble reconnaître les contours.


Le garçon se lève et dépose son skate à ses pieds comme s’il déroulait le sol en vu d'une longue errance. D’un signe muet Oskar comprend qu’il l’invite à le suivre. Si seulement la route pouvait s’incliner et le mener loin de la terre ; comme le ruban magique dans Le Prince casse noisette : souvenir vague mais violemment enraciné en lui, comme tant de détails qui se gravent à tout jamais dans nos yeux d'enfants. Seulement le sol est lisse, et les deux garçons roulent à la même allure l’un à côté de l’autre. Oskar en profite pour détailler un peu plus son compagnon de voyage. Il est petit lui aussi, porte un sweet noir, un slim tout aussi noir qui met en valeur ses jambes maigres et des converses violettes.


En silence, au bord l’essentiel, Oskar et le jeune garçon en noir s’en vont, ils partent, même si ce n’est pas loin, même si ce n’est pas vite, leur mouvement solidaire les écarte de la ville bourgeoise, un souffle, un instant. Ils partent.


--


C’est toi qui dessiné ça ?

Ouais.


Pourquoi des ailes ? s'est-il déjà demandé. C’est inscrit dans un lieu tellement commun ce désir d’évasion, ce désir de liberté traduit par des ailes déployées. Oui, mais Oskar a l'âme d'un artiste naïf et revendiqué, voilà tout.


Ils s’adossent au mur, une aile blanche et lumineuse de chaque côté de leur épaule.

Je m’appelle Morgan. Et j’aime bien ton graf.

Je m’appelle Oskar. Et j’aime bien… la pluie ?


Ils se mettent à rire timidement. Ils redessineront la ville jusqu’au soir dans un silence qui leur est coutumier.






Je voudrais tomber au fond de la rivière.
Je voudrais tomber au fond de toi.





Il pleut sur la ville (extrait)

«Et ruisselle à jamais Sur le chemin

L’eau d’une heure de pluie Dans la lumière.»

Yves Bonnefoy




Avec une capuche qui recouvre ses cheveux couleur piano noir, il pénètre dans la boutique. Le vendeur le regarde d’un mauvais œil mais il ne dit rien. Devant lui, de nombreuses bombes de peintures trônent dans des dizaines de rayons. L’endroit est presque désert. Il avance prudemment, ouvrant son sac en même temps pour couvrir le bruit suspect de la fermeture éclair et il y glisse quelques bombes de peinture : du noir, du blanc, du gris et du rouge. Cela lui suffit pour le moment. Ce sont ses couleurs élémentaires.


Le rouge pour lui étant la seule vraie couleur de caractère, inspirant tout à la fois le sexe, la violence et la mort.


Juste avant de s’enfuir il capte le regard d’un garçon, sweet sombre, bonnet et casque aux oreilles, un skate à la main. Son regard est tranchant mais solidaire, il semble loin du désaveu, en promesse muette. Alors Oskar part lentement, en confiance, il dépasse le vendeur qui désormais ne se préoccupe plus de lui, le nez dans un magasine de charme, et il se met à courir à toute vitesse une fois dans la rue. Libre


Il l’a fait de nombreuses fois : voler, avoir peur, la brève excitation de faire le mal, un peu. Or ici tout est différent, il faut réapprendre. On sait aimer quelqu’un, on en prend l’habitude, on croit savoir l’aimer et on n’a pas peur de se tromper, mais quand on se met à aimer quelqu’un d’autre, l’enjeu est différent : il ressent la même chose en ce moment, l’enjeu quoi que similaire voit son importance transposer dans un lieu inconnu. L’inconnu ça transforme l’enjeu, voilà ce qu’il peut dire.


Il traverse ces rues désertes, le soir commence à tomber. Accroupi, il sort son matériel. Enfin son corps se rappelle ; cette position face à l'enceinte, l’odeur et le mouvement du filet de peinture qui coule entre les crevasses et les pores du mur ; la vie qu’il insuffle maladroitement à un pan d’urbanité.


Il doit bientôt s’aider d’une lampe torche, et la lumière un peu mourante éclaire les ailes d’une bombe de peinture métallique volante.


Il se met à pleuvoir.


Lentement.


Cette humidité, quoi que fraiche, coule sur lui des souvenirs.


Ce soir, une fois encore, il ne pleure pas.

jeudi 12 février 2009










L'exploration de la beauté dans l'horreur.



dimanche 8 février 2009

Dans mes bras (extrait)

Matthew n’avait pas envie. Pas eux. Eux et leur whisky, elles et leur parfum. Tout cela est bien trop alcoolisé. Il voulait voir la mer, et laisser tomber tout ça, la soirée, tout ça, les copains, tout ça, les copines et les tapis tâchés. Dan lui demande :

« Alors, ça évolue avec cette fille, là, celle que t’as rencontrée la dernière fois ?

Non. Pourquoi le monde a évolué lui ? »

Un verre vide dans les mains ; il est mal habillé, juste un tee-shirt vert imprimé et un pantalon râpé. Débraillé et désinvolte : symbole d’invulnérabilité. On est le soir, une espèce de soir magique dans une petite villa en Californie, et Michelle donne une soirée. Branchée et inoubliable. Les filles ne sont pas si jolies à cette fête pourtant. C’est bruyant et enfumé. Mais tout ça, c’est dans l’air du temps. Hein, Matthew ? Tu détestes ça, cet abandon qui ne te saisit pas, cette folie passagère à laquelle tu ne cèdes jamais. Mais sans cette mascarade, on reste à bavarder avec les binoclards, et socialement, c’est rude. C’est cliché ça, hein ? Mais Matthew le percevait comme ça, lui aussi, avec une certaine désolation.

Et puis il n’aimait pas beaucoup le binoclard de sa classe. Y’en a toujours un, de binoclard postillonnant.

Matthew c’était le mec cool et discret. Pas de quoi en faire une montagne, pas de quoi l’évincer non plus. Il était , et c’était déjà beaucoup.

dimanche 1 février 2009

Lanterne en veille.







Espaces Vectoriels Topologiques




Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire


?






Merde. Je l'aurai pas mon bac. Foutu bac...

Mais que feras-tu, si tu n'as pas ton bac ?

Et bien j'écouterais de la musique, je suppose.




mardi 13 janvier 2009

Le banc du désespoir (extrait)




Cernes, regard implorant et joues fardées.


C’est ainsi que je la vois, ainsi qu'elle me plait. Chaque matin elle est là, assise là, sur ce banc. Des yeux noir immenses et des lèvres tristes. Je passe près d’elle, intimidé. Je suis toujours intimidé près des personnes belles et malheureuses. J’éprouve un sentiment d’impudeur face au chagrin et je suis troublé face à la beauté. Les deux émotions tissées m’émeuvent jusqu’à l’obscène. C’est pourquoi je passe mon chemin chaque fois en feignant de l’ignorer. Mais je sais qu’elle porte de hauts talons, je devine ses chevilles fines. Je sais que ses cheveux sont épais et indisciplinés, d’un brun presque roux. C’est tout ce que je connais d’elle. Et aussitôt que je la vois je l’ai oubliée. Elle ne m’envoûte qu’assise sur son banc du désespoir.