La lumière brulante du jour l’éveille, c’est un matin si blanc qu’il éblouit ses yeux clairs. Un matin si blanc, si cruel. Son carnet est humide, humide de cette pluie inattendue et salvatrice de la veille, alors il le suspend au radiateur, il ne voudrait pas que sa mère se froisse ou se déchire.
C’est dans ce silence morbide et impérieux qu’Oskar vit à présent. Heureusement que la musique existe. La musique tantôt rugissante tantôt espiègle du ciel, des nuages crevés qui ruissellent sur la ville grise ou rougissante, la mélodie obsédante que diffuse son casque vissé à ses oreilles comme une extension de lui-même en sortant. Sortir. Respirer l’odeur des fleurs mouillées.
Il n’a pas oublié son skate, et il roule dans le quartier. Les maisons se suivent et se ressemblent, jusqu’à la fin des temps semble t-il. Le ciel est bleu, émaillé de coton, Oskar voit toujours des animaux mythique dans le toit du monde.
Il règne un silence bourgeois langoureusement troublé par le roulement de son skate. C’est une bonne odeur, celle de la paisibilité, de la quiétude, de la richesse et des jardins bien entretenus. Oskar est persuadé qu’aucun élève ne sèche dans ce quartier, voilà pourquoi c’est si calme et qu’il se trouve si seul. Il arrive enfin dans un parc. Il y a un toboggan rouge, une fausse pelouse et quelques balançoires colorées. Le vent violent qui souffle dans ce lieu désert n’a rien d’inquiétant, c’est au contraire un paysage séduisant. Vide et merveilleux.
Il s’assoit sur une coccinelle, son corps réfugié dans une sphère musicale. Ses lèvres murmurent tout bas : « ‘Cause boys don’t cry, boys don’t cry… »
Ses yeux se ferment un instant. Longtemps. Quand il ouvre de nouveau les paupières ce jour agressif le blesse toujours, mais il distingue face à lui, sur un papillon bleu, un garçon. Un garçon qui le fixe et dont il semble reconnaître les contours.
Le garçon se lève et dépose son skate à ses pieds comme s’il déroulait le sol en vu d'une longue errance. D’un signe muet Oskar comprend qu’il l’invite à le suivre. Si seulement la route pouvait s’incliner et le mener loin de la terre ; comme le ruban magique dans Le Prince casse noisette : souvenir vague mais violemment enraciné en lui, comme tant de détails qui se gravent à tout jamais dans nos yeux d'enfants. Seulement le sol est lisse, et les deux garçons roulent à la même allure l’un à côté de l’autre. Oskar en profite pour détailler un peu plus son compagnon de voyage. Il est petit lui aussi, porte un sweet noir, un slim tout aussi noir qui met en valeur ses jambes maigres et des converses violettes.
En silence, au bord l’essentiel, Oskar et le jeune garçon en noir s’en vont, ils partent, même si ce n’est pas loin, même si ce n’est pas vite, leur mouvement solidaire les écarte de la ville bourgeoise, un souffle, un instant. Ils partent.
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– C’est toi qui dessiné ça ?
– Ouais.
Pourquoi des ailes ? s'est-il déjà demandé. C’est inscrit dans un lieu tellement commun ce désir d’évasion, ce désir de liberté traduit par des ailes déployées. Oui, mais Oskar a l'âme d'un artiste naïf et revendiqué, voilà tout.
Ils s’adossent au mur, une aile blanche et lumineuse de chaque côté de leur épaule.
– Je m’appelle Morgan. Et j’aime bien ton graf.
– Je m’appelle Oskar. Et j’aime bien… la pluie ?
Ils se mettent à rire timidement. Ils redessineront la ville jusqu’au soir dans un silence qui leur est coutumier.

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