dimanche 19 avril 2009

Il pleut sur la ville (extrait)

«Et ruisselle à jamais Sur le chemin

L’eau d’une heure de pluie Dans la lumière.»

Yves Bonnefoy




Avec une capuche qui recouvre ses cheveux couleur piano noir, il pénètre dans la boutique. Le vendeur le regarde d’un mauvais œil mais il ne dit rien. Devant lui, de nombreuses bombes de peintures trônent dans des dizaines de rayons. L’endroit est presque désert. Il avance prudemment, ouvrant son sac en même temps pour couvrir le bruit suspect de la fermeture éclair et il y glisse quelques bombes de peinture : du noir, du blanc, du gris et du rouge. Cela lui suffit pour le moment. Ce sont ses couleurs élémentaires.


Le rouge pour lui étant la seule vraie couleur de caractère, inspirant tout à la fois le sexe, la violence et la mort.


Juste avant de s’enfuir il capte le regard d’un garçon, sweet sombre, bonnet et casque aux oreilles, un skate à la main. Son regard est tranchant mais solidaire, il semble loin du désaveu, en promesse muette. Alors Oskar part lentement, en confiance, il dépasse le vendeur qui désormais ne se préoccupe plus de lui, le nez dans un magasine de charme, et il se met à courir à toute vitesse une fois dans la rue. Libre


Il l’a fait de nombreuses fois : voler, avoir peur, la brève excitation de faire le mal, un peu. Or ici tout est différent, il faut réapprendre. On sait aimer quelqu’un, on en prend l’habitude, on croit savoir l’aimer et on n’a pas peur de se tromper, mais quand on se met à aimer quelqu’un d’autre, l’enjeu est différent : il ressent la même chose en ce moment, l’enjeu quoi que similaire voit son importance transposer dans un lieu inconnu. L’inconnu ça transforme l’enjeu, voilà ce qu’il peut dire.


Il traverse ces rues désertes, le soir commence à tomber. Accroupi, il sort son matériel. Enfin son corps se rappelle ; cette position face à l'enceinte, l’odeur et le mouvement du filet de peinture qui coule entre les crevasses et les pores du mur ; la vie qu’il insuffle maladroitement à un pan d’urbanité.


Il doit bientôt s’aider d’une lampe torche, et la lumière un peu mourante éclaire les ailes d’une bombe de peinture métallique volante.


Il se met à pleuvoir.


Lentement.


Cette humidité, quoi que fraiche, coule sur lui des souvenirs.


Ce soir, une fois encore, il ne pleure pas.

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